Réveil de l’orgue de Saint-Désiré

Réveil de l’orgue de Saint-Désiré

Samedi 17 et dimanche 18 octobre se sont déroulées les festivités qui ont marqué le réveil du grand orgue de l’église Saint-Désiré. Après deux années de travaux de restauration, l’instrument a pu révéler ses sonorités émouvantes.
Samedi à 15h00, en présence d’une nombreuse assistance et les élus locaux, Monseigneur GARIN a présidé la célébration liturgique de bénédiction de l’orgue. Au cours de son homélie, Monseigneur a utilisé le symbole de l’orgue et de ses tuyaux pour nous amener à la médiation.
Comme le prévoit le rituel de l’Église, Monseigneur GARIN a ensuite interpellé l’orgue à plusieurs reprises : « Eveille-toi Orgue, instrument sacré… », et à chaque invitation l’instrument a répondu par des mélodies de plus en plus affirmées.
A l’issue de la célébration, Monsieur Raphaël BLOT, organiste et président des amis des orgues de Lons-le-Saunier a pris la parole pour se satisfaire de cette belle réalisation et de la qualité de l’instrument. A sa suite Monsieur Cyrille BRERO, Maire de Lons, a affirmé l’intérêt de la municipalité pour le patrimoine de la ville, notamment les deux églises et leurs orgues remarquables. Le père William a ensuite invité l’assemblée à témoigner leur reconnaissance aux organistes de la paroisse, aux facteurs d’orgues et aux bénévoles qui ont collaboré pendant des mois pour la renaissance de l’instrument.
Puis Monsieur Claude JACCARD et Monsieur Yannick BERNARD, les facteurs d’orgues, ont présenté l’instrument à l’aide d’une caméra qui a permis à tous d’entrer dans les entrailles insoupçonnées du héros du jour.
Les festivités se sont poursuivies dans les locaux du Lycée Sainte Marie où un vin d’honneur était offert par la municipalité et les amis des orgues.
A 18h00, c’est Monsieur Michaël MATTHES, titulaire de l’orgue de l’église Saint-Germain l’Auxerrois à Paris, qui a donné le concert inaugural en interprétant des oeuvres choisies qui ont permis de découvrir les différentes sonorités de l’orgue et qui ont ravi l’auditoire.
Pour conclure cette journée la messe a été célébrée par le Père William.
Dimanche après midi, l’église s’est à nouveau remplie pour une nouvelle présentation de l’orgue par les facteurs d’orgues. Puis ce sont les organistes de la paroisse qui ont égayé les voûtes de l’église Saint-Désiré au cours d’un concert collectif.
Par ces festivités, l’orgue de Saint-Désiré est maintenant bien réveillé pour chanter les louanges du Seigneur et accompagner la prière des fidèles.

Présentation de l'orgue

Construit en 1839 par Daublaine-Callinet, cet orgue est agrandi et déplacé à son emplacement actuel en 1852. Au fil des décennies, il connaît plusieurs transformations, notamment par la maison Michel-Merklin en 1890 et 1912 et par Jules Bossier en 1935. Dans les années 1970, une nouvelle transformation modifie profondément son esthétique sonore et altère son fonctionnement au point de le rendre quasiment muet.
En 2023, grâce à la générosité de donateurs, un chantier de remise en état est confié par la paroisse aux facteurs d’orgues Claude Jaccard et Yannick Bernard. L’objectif a été de redonner à l’orgue, outre sa voix, une cohérence sonore en accord avec les éléments originaux et homogènes encore présents. Cette restauration a aussi été une aventure collective : une équipe de bénévoles a activement contribué à la remise en état de la tuyauterie et à la reconstruction de la mécanique, tandis que les élèves du lycée des arts du bois Pierre Vernotte de Moirans-en-Montagne sont sollicités pour restaurer les éléments de décor du buffet d’orgue.
En effet, derrière ses ornements et ses tuyaux de façade se cache un mécanisme complexe. L’orgue dispose de 20 jeux, répartis sur deux claviers de 54 notes et un pédalier de 30 notes, et comporte 1 202 tuyaux, dont 161 en bois et 162 tuyaux neufs. Chaque jeu offre une couleur sonore particulière, donnant à l’organiste une palette de timbres riches et variés.
Aujourd’hui, cette restauration redonne vie à un patrimoine précieux et permet de transmettre aux générations futures un témoin de l’histoire musicale. La ville de Lons-le-Saunier peut ainsi s’enorgueillir de posséder deux orgues, l’un dans l’église Saint-Désiré et l’autre dans l’église des Cordeliers, complémentaires d’un point de vue stylistique.
Cette inauguration célèbre donc bien davantage que le retour d’un instrument : elle rend hommage au savoir-faire des artisans, à l’engagement des bénévoles et des élèves et à la générosité des donateurs. Grâce à cette mobilisation collective, l’orgue retrouve aujourd’hui sa voix et s’apprête à faire résonner sa musique, pour embellir la liturgie et élever les âmes vers le Ciel.

Raphaël BLOT, président de l’association des Amis des Orgues de Lons-le-Saunier

Homélie de Monseigneur Jean-Luc GARIN

Homélie pour la bénédiction de l’orgue restauré de l’église Saint-Désiré de Lons-le-Saunier Monseigneur Jean-Luc GARIN – Samedi 17 octobre 2026

Frères et sœurs, chers amis,
Pour moi, comme prêtre et comme évêque, mais aussi comme musicien, l’orgue est une parabole. Une parabole de la vie fraternelle, de la vie commune, ou, pour reprendre une expression chère au pape François et que le pape Léon XIV a rappelée tout récemment pendant son séjour en France, une parabole de l’amitié sociale. Permettez-moi, avant que cet instrument ne retrouve sa voix, de vous partager ce qu’il me dit.
Dans un orgue, il y a des centaines et des centaines de tuyaux. Ici, il y en 1202 ! On peut les regrouper par familles : tuyaux de bois, comme le jeu de Montre ; tuyaux de métal ou d’alliage, comme le jeu de la trompette. Chaque famille possède sa sonorité, son timbre propre : la douceur ronde du bois, la clarté lumineuse du métal, la puissance des anches ou des pleins jeux, le scintillement des mixtures, la brillance ces mutations. Mais au sein même d’une famille, aucun tuyau n’est identique : certains ne mesurent que quelques millimètres, d’autres atteignent plusieurs mètres. Il en va de même pour chacun d’entre nous, dans l’Église comme dans la société : chacun a son tempérament, son caractère, sa sensibilité, son timbre. Et pour nous, croyants, cette personnalité unique est un don de Dieu.
Pourtant, un tuyau seul ne sert à rien : il n’est guère plus qu’un sifflet. Avec deux ou trois tuyaux, on ne fait pas grand-chose. Il en faut au moins dix ou quinze pour esquisser une mélodie, et bien davantage pour bâtir une œuvre construite, ample et harmonieuse. Cela nous rappelle ce que saint Paul disait déjà à propos du corps : l’œil ne peut pas dire à la main : « Je n’ai pas besoin de toi », ni la tête dire aux pieds : « Je n’ai pas besoin de vous ». Nous avons tous besoin des autres pour accomplir quelque chose de beau, de grand, d’harmonieux. Personne ne se suffit à lui-même.
Il y a plus encore. Selon les morceaux joués par l’organiste, une famille de jeux doux peut être appelée à se mettre au service d’une autre pour l’accompagner, la mettre en valeur : certains tuyaux, comme un jeu de bourdon, accompagnent discrètement, tandis que d’autres, comme une flûte ou un hautbois, chantent en solistes. L’accompagnement ne se fait pas remarquer, et pourtant, sans lui, la mélodie paraîtrait nue, froide ou fragile. Nous sommes appelés, nous aussi, à nous mettre au service les uns des autres, parfois au premier plan, le plus souvent dans l’ombre.
Et lorsque tous les jeux sont tirés ensemble, c’est alors que l’orgue fait entendre toute sa voix. Il déploie cette puissance qui nous fascine. Alors, on ne peut plus identifier tel ou tel tuyau. C’est l’harmonie et l’unité qui nous émerveillent et nous élèvent. Tous unis, tous participants, nous donnons quelque chose de très beau, qui réjouit le cœur de l’homme et qui rend gloire à Dieu.
Et si, bien souvent, lorsque nous regardons un orgue, nous ne voyons que les grands tuyaux, ce n’est pas parce qu’ils sont les plus importants. Il arrive même, mais je ne crois pas que ce soit le cas ici, que certains tuyaux de façade ne servent qu’à la décoration. Le terme technique retenu pour les qualifier est celui de « chanoines » ! … Si les grands tuyaux sont placés devant, c’est aussi pour protéger tous les plus petits qui se tiennent derrière, sensibles à la poussière et aux changements de température. Belle image pour ceux qui ont de la force ou qui portent des responsabilités : leur place n’est pas d’abord un honneur, elle est un service, en particulier pour protéger les plus fragiles, ceux que l’on ne voit pas, mais sans qui l’instrument ne serait pas complet.
Chers amis, il existe parfois une belle tradition où chaque tuyau d’orgue est parrainé par quelqu’un. Elle confirme l’intuition de cette petite parabole que je vous partage cet après-midi : chacun a sa part à apporter pour jouer ensemble une partition commune. Cela vaut pour la société civile et pour l’engagement de chacun de nous dans la vie de la Cité, au service du bien commun. Et pour nous, disciples du Christ, c’est aussi, selon la belle formule du pape François, faire résonner « la musique de l’Évangile ». Personne ne peut la jouer seul : il faut être plusieurs. Dans une société qui se fracture, nous avons de plus en plus besoin d’agir de concert. À l’heure où les solistes se multiplient, où chacun est tenté de jouer sa propre partition sans écouter celle des autres, nous avons sans doute besoin de retrouver un esprit symphonique. Quand la cacophonie menace, nous avons à donner l’exemple de l’harmonie et de la symphonie. L’orgue en est une belle image.
Pour sonner, un tuyau a besoin d’air. Sans souffle, il reste vide et muet ; le plus beau des orgues n’est alors qu’un meuble silencieux. Cet orgue en a fait douloureusement l’expérience pendant des décennies. Cette image nous parle aussi de chacun de nous, de notre mission : nous sommes habités du souffle de l’Esprit. Le Seigneur a donné à chacun sa personnalité, et chacun est appelé à se laisser remplir de l’Esprit Saint pour apporter sa note propre à l’harmonie de tous. Ce n’est pas notre souffle qui fait chanter l’Église, c’est le sien. « Que tout ce qui respire loue le Seigneur ! », chante le dernier psaume. L’orgue, à sa manière, nous rappelle que notre vocation est de nous laisser traverser par ce souffle qui vient d’ailleurs pour apporter au monde la joie et le réconfort de la musique de l’Évangile.
Permettez-moi de prolonger encore un peu cette image. La partition est comme le projet commun que nous voulons vivre ensemble. Composer et exécuter une partition est une métaphore de la vie : nous avons besoin à la fois de nous accorder harmonieusement avec les autres et de laisser de l’espace à l’originalité de chacun. Si l’organiste ne jouait qu’une seule note pendant des heures, même en utilisant de nombreux tuyaux, il y aurait quelque chose d’horrible. Une harmonie où tout le monde jouerait la même note serait bien pauvre ; une juxtaposition de voix qui ne s’écoutent pas ne serait qu’une cacophonie.
L’unité n’est pas l’uniformité : c’est la différence accueillie, écoutée, mise au service d’un chant plus grand que nous. C’est l’art de l’organiste de nous le faire goûter, et j’en profite pour remercier tous les organistes, nombreux cet après-midi, qui mettent leur art au service de la liturgie.
Un mot sur le facteur d’orgue. Il ne se contente pas de remonter l’instrument. Avec une patience infinie, une grande attention de l’oreille et du cœur, il reprend chaque tuyau un à un, pour qu’il sonne juste, seul d’abord, puis en harmonie avec les autres. C’est un long travail d’harmonisation, discret et exigeant. Quand je joue de l’orgue, je me dis souvent que le ministère du prêtre et de l’évêque, comme toute responsabilité civile qui cherche le bien commun, ressemble à ce travail d’accordeur : non pas imposer un son unique, mais permettre à chacun d’apporter ce qu’il est, pour que naisse une véritable harmonie.
Je tiens à remercier de tout cœur le facteur d’orgue, la paroisse, le donateur et tous les donateurs, ainsi que les bénévoles qui ont consacré beaucoup de temps et d’énergie pour que cette restauration soit possible.
Je vous laisse avec cette image de l’orgue comme parabole de notre vie en commun. Il est temps maintenant d’entendre le son, de réveiller cet orgue. Vous allez le découvrir : c’est une très belle liturgie, où l’orgue dialogue avec l’évêque qui vient l’éveiller. Puisse-t-il, pendant de longues années, porter la prière de cette communauté, accompagner ses joies et ses peines, et nous rappeler, chaque fois qu’il résonnera, que nous sommes faits pour chanter ensemble. Qu’il soit aussi un instrument au service de la culture et de la beauté, qui élève le cœur et l’âme.
+ Jean-Luc GARIN